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Action et installation. Mai 2001 Artline 5, Borken, Allemagne Septembre 2001 Belgian System, Thurm & Taxis, Bruxelles.

Ce projet a été réalisé en pleine crise de la vache folle, de la fièvre aphteuse, crise de la dioxine et de la peste porcine. Les frontières européennes faisaient l’objet d’un contrôle extrêmement sévère en matière de transport animalier : l’exposition que le commissaire Jan Hoet , directeur du SMAK, proposait dans la petite ville de Borken en Allemagne avait pour thème la confrontation de la nature à l’architecture.

Ce sujet implique la notion de frontière entre un état et un autre. L’architecture permet à l’humain de vivre dans la nature, l’architecture le protège de la nature ; une fois passé le seuil de la porte, il est chez lui, en sécurité, dans sa propriété.

Les membranes que sont les murs, les toits, les portes, les fenêtres sont toute une série de frontières le préservant de l’adversité, de l’autre état. Mais, bien que reconstituant autour de lui un environnement non-naturel c’est-à-dire artificiel, parce que conçu par l’homme lui-même, il continue à transporter la nature à l’intérieur de l’architecture par son propre corps. Ces membranes sont des outils de contrôle de l’homme par rapport à son environnement. Ce contrôle est nécessaire à sa survie. La situation la plus extrême est celle que peut connaître un laboratoire qui tente d’isoler une épidémie en la contenant littéralement dans un espace totalement hermétique, un espace bio-sécure. Le concept de bio-sécurité me semblait pertinent : réaliser un contenant parfaitement hermétique pour pouvoir transporter quelque chose d’extrêmement dangereux pour l’homme, d’un point à un autre. Pour cela il fallait que je me transforme en passeur. Je me suis proposé de transporter 40 mouches tsé-tsé vivantes de l’IMT (institut de médecine tropicale d’Anvers) jusqu’à Borken, traversant ainsi deux des frontières les plus surveillées d’Europe.

Les mouches tsé-tsé ou glossines (dans ce cas glossines palpalis et morsitans) se nourrissent exclusivement de sang de mammifère vivant et peuvent à l’occasion infecter l’humain de la trypanosomiase (maladie du sommeil). Pour obtenir l’autorisation de l’I.M.T. et de l’Etat Allemand, je devais garantir un transport sans aucun risque d’évasion, ce qui nous a conduit à réaliser un vivarium en plexiglas particulier.

Il s’agissait d’un cycle d’un voyage aller-retour par semaine pendant toute la durée des deux mois de l’exposition, étant donné que les tsé-tsé ne pouvaient se nourrir que sous haute surveillance du laboratoire d’Anvers. Étrangement l’unique contrôle douanier que mon véhicule a subi ne s’est pas préoccupé des mouches, forcément puisqu’elles ont été confondues avec des cancrelats qui de plus ne se trouvaient pas sur la liste d’animaux suspects.

À Borken, les Tsé-tsé étaient montrées au public dans double-vivarium au coin d’une salle plongée dans l’obscurité, dans un ancien entrepôt militaire. De l’intérieur du vivarium, deux micros miniatures amplifiaient directement à l’ensemble de la salle le son particulier qu’elles émettaient (d’où leur nom d’origine Bantou provenant de l’onomatopée). La salle était chauffée à une température tropicale de 30°C avec une humidité relative de 60 % (température et humidité nécessaire aux tsé-tsé) et agrémentée d’odeurs d’haleine et d’urine bovine (urine de buffle africain, octénol …).

Cette même installation a été montrée à l’exposition « ici & maintenant - Belgian System » à Tours et Taxis à Bruxelles.