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Flagey / Potemkine est une intervention à grande échelle dans le cadre du festival annuel BRXL-BRAVO, sur la place Flagey de la commune bruxelloise d’Ixelles, lieu en chantier depuis approximativement trois ans.

Cette place située dans la vallée du Maelbeek dans la commune bruxelloise d’Ixelles faisait l’objet d’un grand chantier. Pour éviter les inondations fréquentes dont souffre le quartier, un bassin d’orage souterrain venait d’y être réalisé pour récolter les eaux de pluies. Le projet se compliqua lors de la construction d’un parking souterrain qui finalement s’avéra inopérant pour des questions de conceptions et techniques. Les voisins et associations du quartier contestaient aussi la durée des travaux et les inconvénients causés.

Entre-temps le chantier continuait et, pour des raisons pragmatiques de circulation, tout d’un coup, après toutes les controverses, dans cette place où tout le monde rêvaient d’un espace ample et libre, on y réalisa une route asphaltée sur toute la diagonale. Cela permettait de dévier la circulation pendant que les voiries définitives étaient refaçonnées.

La nouvelle rue apparaissait comme une installation surréaliste.

Flagey- Potemkine nuit, photo : Piet Janssens.

À partir de cela j’ai pensé accentuer cet aspect fictif dans la réalité, en me rappelant certains textes de l’architecte Adolf Loos sous le titre de “ ville Potemkine ”. Il y critiquait la surcharge ornementale de l’architecture de son temps, utilisant la métaphore des faux villages en carton-pâte que le prince Grigori Alexandrovitch Potemkine fit construire en Ukraine pour éviter à la tsarine Catarina II de voir la misère de son empire. Ces vilages Potemkine devenaient ainsi le symbole de l’architecture du mensonge.

J’ai donc réalisé une rue artificielle comme un décor de cinéma, comme si les façades étaient des dessins à l’échelle réelle.

De fait chaque dessin reproduisait schématiquement la fameuse façade qui tombe sur Buster Keaton dans une séquence du film “ Steamboat Bill Jr. ” (1928).

L’aspect bidimensionnel de l’ensemble qui longea cette pseudo rue de part et d’autre, fut accentué par la série d’échafaudages qui maintenait la surface en plastique tendu blanc souligné par des lignes noires, en référence au graphisme architectonique.

Volontairement, j’y ai dessiné des façades de maisonnettes suburbaines à l’américaine rompant avec les proportions métropolitaine du lieu. La Place Flagey a quelque chose d’atypique à Bruxelles avec son style années 30 et où la maison de la radio de l’architecte belge Joseph Diongre, dans le pur style paquebot, donne le ton et l’échelle.

 Il faut ajouter qu’autour de cette place, sont situés une école et plusieurs bureaux d’architecture et, non loin, le CIVA (Institut international de la ville et de l’architecture).
 Par ailleurs Bruxelles a connu le phénomène du “ façadisme” ces 20 dernières années, sorte de conception schizophrénique, déconnectant l’expression publique des édifices de leur contenu, en maintenant façades anciennes et plaquant derrière elles, une construction neuve sans aucun rapport.

Le projet "Flagey / Potemkine" peut être compris aussi comme une référence au statut donnée à la rue par les situationnistes comme lieu de dérive et de d’expression politique, comme le furent les révoltes de mai 68. Mais paradoxalement c’était sous la forme d’une fausse rue spectaculaire, contredisant donc les théories critiques de la société du spectacle de Guy Debord.

L’installation servait d’ailleurs aussi d’outil de contestation. Cinq “ maisons ” accueillaient les associations de voisins pour pouvoir exposer leurs revendications au public. De fait, les habitants s’approprièrent de toute la “rue” en graphitant, coupant, caricaturant, inscrivant textes et ornements sur et dans la surface du plastique, comme si le processus oscillait entre une manifestation réelle et une fictive.